Pourquoi ?

« Le clown parle à l’âme humaine et plus elle sera tourmentée, plus on aura besoin du clown »

Pourquoi ?

Notre société actuelle vit des temps difficiles. Nous, les citoyens du monde subissons le joug d’une dictature économique qui rejette les économiquement non rentables qui sont de plus en plus nombreux. La pauvreté, les tensions et les guerres à travers le monde, la peur (mère de toute violence) nous rend triste et le funeste 11 septembre 2001 n’a fait qu’empirer les choses.

Aujourd’hui, quelques clowns du monde ont décidé de fonder « l’armée des clowns », une armée pacifique ayant pour mission de mettre un gros nez rouge sur le monde !

« Clown n’est pas un métier mais un Art de Vivre »
(Jango Edwards)

Dans les temps difficiles que nous traversons actuellement, je suis convaincu que les clowns ont un rôle social important à jouer. Aussi, selon moi, le rôle d’un clown ne se limite pas à être drôle sur une scène ou en représentation, mais bien chaque jour et en toute circonstance de tout faire pour offrir du rire et à travers le rire, de l’amour aux gens, à transformer grâce au rire un moment de tension, une peine, une situation difficile.
Comme le dit Le Dalaï Lama, « Le rire permet de créer un espace de liberté là où il n’y en a pas »...et je pense qu’il sait de quoi il parle.

Je me souviens de ce que me disait Peter Pitowsky, un extraordinaire clown et acrobate américain rencontré à Montreux, au Festival du rire : « Moi je suis venu sur terre avec une mission, celle de faire rire les gens et je l’accomplis de mon mieux car je suis sûr que si je retourne un jour là haut et que je ne l’ai pas accomplie, Dieu me bottera le cul, et ça, je ne le veux pas ! »

Le clown a aujourd’hui son utilité dans notre société, je dirais même sa nécessité mais il n’a pas encore la place qui lui revient à mon sens. Quel enfant vous a dit un jour « je veux faire clown comme métier » ?

Voici deux anecdotes qui me sont arrivées :

-  Le jour où je suis allé inscrire ma grande fille de 12 ans dans une école secondaire de la ville où je réside, la sous-directrice nous interroge, sa maman, elle et moi pour remplir son formulaire d’inscription :
La Directrice : « Profession de la mère ? »
Ma fille : « Informaticienne »
La Directrice : « Bien... Profession du père ? »
Ma fille : « Clown »
La Directrice (se redressant sur sa chaise visiblement irritée et d’un ton sec et doctoral) : « Non. Sérieusement s’il vous plaît ! »
Ma fille : « Ben...euh...clown »
La Directrice (de plus en plus irritée) : "Bon, je mets comédien !"
Ainsi donc voilà où en est notre merveilleux métier de clown, refusé catégoriquement sur les fichiers de l’enseignement ... en Belgique du moins. Il y a donc du travail...

-  L’autre compense heureusement la bêtise de la première : un jour où je me promenais dans les jardins de l’Alhambra à Grenade où j’assistais mon Ami et Maître Carlo Colombaioni, j’ai rencontré deux médecins israéliens qui étaient là pour un congrès médical, nous avons sympathisé, nous avons beaucoup ri et en me laissant ils m’ont dit que finalement eux et moi faisions le même métier sauf que moi je travaillais en amont et que si je faisais bien mon travail, eux en auraient moins. Voilà un bien joli cadeau de reconnaissance pour services rendus à la clownerie

Clown du Monde

Lors de la sortie de son album « US », Peter Gabriel expliquait ainsi son titre - je cite - :Certaines personnes rangent les individus peuplant cette terre dans deux boites bien distinctes, l’une marquée « Nous », l’autre marquée « Eux », d’autres dont je suis rangent tous les individus dans une seule et même boite marquée « Nous ». Je souscris entièrement à cette façon de voir le monde et les relations humaines. Respect, Monsieur Gabriel.

Nous avons, je crois, à prendre conscience d’une loi très profonde qui veut que l’humanité soit une. L’autre, c’est moi, du moins une partie de moi. Alors comment gérer les conflits, les agressions ?
Je ne crois pas que ni la victimisation, ni la violence ne soient des solutions.

Globule blanc, mon ami

En cas d’agression, une stratégie réactive intéressante est celle du globule blanc qui, dans notre organisme lorsqu’il se trouve face à un adversaire, pour défendre le territoire, intègre l’adversaire au lieu de le tuer. Ce travail d’intégration de l’adversaire devrait remplacer la tactique du meurtre de l’ennemi, et c’est là une grande différence de conception de la guerre et de la stratégie.

Malheureusement l’humanité n’a vécu jusqu’alors que dans cette vision infantile du meurtre de l’ennemi, sans réaliser qu’ainsi on se tue soi-même. ... À mon avis, lorsque le Christ dans les Évangiles demande à celui qui a reçu un soufflet sur une joue de tendre l’autre joue, il nous incite en fait à prendre conscience de la gifle que nous avons adressée à autrui dans un moment oublié de notre vie.

Notre société actuelle prône des « valeurs » telles que la compétitivité, l’enrichissement personnel (aux dépens de l’autre). On dépense des sommes folles (qui appartiennent à la collectivité) pour envoyer des fusées et des hommes sur la lune alors que des milliards de gens n’ont pas accès à le dignité élémentaire : eau, nourriture, logement, santé, éducation.

Aujourd’hui

-  Aujourd’hui 1.400.000.000 d’êtres humains sont privés d’eau potable.
-  Chaque jour, 30.000 personnes (soit 10 fois plus que le nombre de victimes du 11 septembre) meurent de maladies causées par cette absence d’eau potable. Ne peut-on pas appeler cela du « terrorisme institutionnel » et donc le combattre en priorité ?
-  L’ONU annonce qu’en 2032 deux tiers de la population mondiale sera privée d’eau potable.
-  Aujourd’hui, les 14 familles les plus riches du monde ont un revenu annuel supérieur aux 14 pays les plus pauvres.
-  Si les 200 familles les plus riches du monde donnaient seulement 4% de leur revenu annuel, on pourrait nourrir la terre entière. Cette terre qui offre pourtant suffisamment de nourriture pour tous ses habitants. Chez nous on jette les surplus de production de nourriture pour ne pas faire s’écrouler les prix. On choisit donc délibérément de laisser mourir des hommes de faim pour ne pas faire s’écrouler « le marché » !

Et pourtant à aucun niveau de pouvoir l’éradication de la pauvreté ne semble être une priorité.
Il semble même qu’en haut lieu on pense à d’autres solutions : En 2003, une PME écossaise à fourni au Pentagone, à sa demande le premier robot soldat. Un robot dont la mission est donc de tuer des hommes de façon « propre », la désormais célèbre « guerre propre » ! Au lieu de voir l’autre comme un frère, on le voit comme un ennemi à éliminer.
Notre société, nous le savons tous est à un tournant important de son histoire. Nous sommes tous dans le même bateau et une société qui n’a pas de projet de société collectif ne peut arriver à rien. Soit nous arriverons ensemble ou nous n’arriverons pas, je crois.
On nous « vend » la naturalité, l’inévitabilité de la pauvreté et nous l’acceptons tous comme un état de fait alors qu’il serait possible, c’est juste une question de choix de société, de rendre la pauvreté et les mécanismes économiques qui y conduisent illégaux comme certains pays nordiques l’ont fait.

Demain ?

Notre société ne pourra à mon sens être digne de ce nom que le jour où chacun de ses membres fera tous les efforts possibles et imaginables pour y créer les conditions pour que tout être humain ait droit à la vie.

Voilà pourquoi, je pense que le clown, au delà de sa fonction première et essentielle d’offrir le rire a aussi un rôle social à jouer, un rôle d’éveilleur d’âmes. C’est en tout cas ma vision car je crois en l’homme et surtout aux enfants qui bâtiront ou pas cette société plus juste et...plus drôle !.

Aider petits et grands à retrouver le rire, à renouer avec leur clown intérieur, à voir la vie autrement, à se libérer de leurs « prisons mentales », à devenir des acteurs éveillés de cette société en refusant de n’être que des « con-sommateurs » passifs, à devenir les architectes de leur propre vie qui a ceci de merveilleux, c’est qu’à chaque seconde on peut influer sur la seconde qui suit, telle est la mission que je me suis fixée.

(Merci à Annick de Souzenelle et Riccardo Petrella)